Histoire des galettes et des crêpes

La Bretagne, l'origine des crêpes

Les crêpes au fil du temps…temps qui tourne, comme la roue du meunier…

Sans la galette de sarrasin, la crêpe ne pourrait se prétendre une histoire…

Voilà qu’il y a environ 7 000 ans avant J.-C., nos fouilles archéologiques en attestent, ont été retrouvés des fragments de meules à broyer du grain. On pense aussi que les premières galettes seraient apparues, quand une femme préparant sa bouillie, l’aurait échappée, la renversant sur une pierre brûlante du foyer, et aurait découvert cette galette plate, cuite ainsi par cette heureuse maladresse!
On trouve, de plus, de nombreux récits illustrant les différentes sortes de galettes découvertes par nos civilisations anciennes orientales et occidentales.

C’est bien de la l’Asie, du Népal, de l’Himalaya, de la Turquie, que nos croisés carolingiens rapportèrent en France à leurs seigneurs une étrange plante, cousine de l’oseille et de la rhubarbe. Elle portait une graine dont la forme évoquait celle de la graine du hêtre; mais sa couleur noire lui valut le nom de sarracenus (signifiant peuple arabe selon les croisés durant le Haut Moyen Âge) finalement dit Sarrasin (peuple).

Son nom de Blé noir fût proposé par les Bretons quand la duchesse Anne de Bretagne l’a imposé sur ses terres au XVe siècle, désireuse d’assurer les récoltes même aux plus démunis de son royaume, et de contempler son duché couvert de jolies fleurs blanches et rosées.

Les paysans y trouvèrent alors une triple aubaine, car la plante demandait peu de travail et était peu taxée (s’accommodant de terrains peu fertiles, contrairement au froment qui réclamait de grosses dîmes). De plus le sarrasin donne récolte au bout de 3 mois, ce qui lui vaut le surnom de plante des 100 jours.
De nombreux pauvres se nourrissaient de bouillies et de galettes, en écrasant les graines transformées en farine.
À cette époque, le critère de luxe et d’abondance était celui de manger des crêpes plusieurs fois par jour, droit seulement réservé aux seigneurs.

Les Hollandais, puis les Anglais découvrent le sarrasin au XVIIième siècle et l’appelle « buckwheat ».
En France, la Normandie, le Massif central et le Limousin le portent alors aussi sur leurs terres en cultures et il se répand donc tranquillement dans les assiettes aux différents coin de France.

En Asie, le Japon, la Russie et l’Inde en sont aussi de fidèles adeptes depuis ces époques lointaines.

Mais plus que sa culture, fragile aux gels et aux chaleurs intenses, sa récolte exigeante réclame des moissonneurs attention et précision afin de ne pas perdre toutes les petites graines noires.

De ces époques remonte le culte de la galette de sarrasin, cuite sur une plaque de fonte au-dessus de la braise.

Les premiers billigs (crêpière ronde en fonte, utilisé pour cuire les galettes de sarrasin; dans certaines régions de la France on l’appelle aussi galettière, galétoire ou tuile) sont apparus au XVIe siècle.

Et les jours de fête, les jours de marché, les familles restaient sur place pour la journée observant les crêpières tourner les galettes, préparées depuis le lever du soleil pour nourrir la foule.

Les crêpes fines apparurent logiquement peu à peu s’enrichissant de lait et de sucre, d’épices ou d’arômes fleuris.

Mais avec la révolution agricole, la percée du pain de blé, sa consommation au quotidien, à partir de 1872, les galettes et les crêpes sont reléguées à titre d’emblèmes des jours de fêtes.

Ainsi pour la Chandeleur (voir Histoire et traditions de la Chandeleur) qui est la plus connue, fêtée toujours chaque 2 février, où l’apprenti crêpier doit faire sauter la crêpe de la main droite, serrant une pièce de monnaie dans sa main gauche, et se voit, sous condition de réussite, assuré d’une année de prospérité et de bonnes « récoltes », soit la chance et la richesse espérée pour l’heureux exécutant!

Les crêpes de froment…Tardives mais internationales!

Elles sont en effet apparues plus couramment au début du XXe siècle avec le développement de la farine de blé entier tamisée blanche à prix plus abordable.

Elles sont popularisées à travers le monde, et font se précipiter les amateurs de bonne bouffe au fond des nombreuses crêperies que l’on trouve partout désormais.

Autant de bonnes occasions pour se rappeler le déroulement des fêtes bretonnes du début du siècle organisées en parties de campagne pour les paysans, au son des bombardes, cornemuses et clarinettes, ou encore ces jours de marchés où les « faiseuses » de crêpes apportaient leurs billigs de fonte chauffés au feu de bois et servaient les crêpes que l’on mangeait tous ensemble avec les doigts, en sirotant un bon verre de cidre ou de lait ribot…Jusqu’à les servir sur de grandes tables qui devinrent ces premières crêperies, attirant de plus en plus les gens des villes…
Le billig devint progressivement chauffé au gaz, le bois devenant coûteux, puis à l’électricité de nos jours. Le billig est simple, double, ou sous forme de manège rotatif permettant la fabrication de nombreuses crêpes en temps réduit.
Pour rendre simple et conventionnelle la lecture, nous appellerons galettes, celles qui sont faites à partir de farine de sarrasin, et crêpes pour celles qui sont faites à partir de farine de froment, peu importe les techniques, le matériel et les modes de fabrication.
En bout de ligne, le savoir des produits et le savoir-faire pour fabriquer les crêpes restent les secrets de chaque bon crêpier et la part de mystère de ceux qui souhaitent en devenir.
À nous de continuer de transmettre cet historique à nos enfants pour le perpétuer régulièrement en joyeuses fêtes alimentaires!
Armes personnelles de la Duchesse Anne de Bretagne qui devint Reine de France de 1491 à 1498, puis de 1499 à 1514.